La presse: « on en parle »

*** Un article de Jean-Louis Lemarchand sur le blog « Les dernières nouvelles du jazz », consacré à Nathalie Dessay mais faisant référence à « La maison d’Hannah » de Michel Arcens.

Natalie Dessay, Pictures of America.

Paris Mozart Orchestra dirigé par Claire Gibault, arrangements de Baptiste Trotignon, Cyrille Lehn, Pierre Boussaguet, Patrice Caratini. Studio Ferber 20-24 septembre 2016. Sony Music.

Edward Hopper avait inspiré un auteur féru de jazz, Michel Arcens- on lui doit Instants de Jazz ; John Coltrane, la musique sans raison- qui inventa vingt histoires sur la base de tableaux du peintre américain (Dans la lumière d’Edward Hopper, la maison d’Hannah et autres fictions. Alter ego éditions.2015). Tout l’imaginaire d’Hopper vivait dans ces textes où l’on retrouve les nuances de la lumière saisie dans l’univers citadin et sur les bords de mer.

La cantatrice Natalie Dessay a choisi quant à elle dix tableaux d’Hopper pour effectuer une sélection de chansons dans l’American Song Book. C’est à un voyage au cœur de cette Amérique du siècle passé que nous sommes ainsi invités. Dans cette aventure, Natalie Dessay a convié des jazzmen bien connus des DNJ pour mitonner des arrangements- Patrice Caratini, Pierre Boussaguet, Baptiste Trotignon- rejoints par un professeur d’harmonie au CNSM et ancien du Berklee College, Cyrille Lehn. L’interprète de Mozart, Bach et Handel confie être « partie à la recherche d’une nouvelle voix, plus grave, plus intime, qui murmure à l’oreille ». Un exercice déjà pratiqué voici quelques années dans un duo avec Michel Legrand. Une certaine grâce émane de ce périple américain guidé par des musiciens français.

Jean-Louis Lemarchand

http://www.lesdnj.com/tag/chroniques%20cd/

 

 

 

*** Un article sur « La triade Nostalgérique » de Roger Hillel paru dans « Hommes et Libertés », la revue de La Ligue des droits de l’homme.

Sous la signature de Anne Gaudron un excellent article sur « La triade nostalgérique » de Roger Hillel. C’est dans le numéro de décembre 2016 de la revue de La ligue des droits de l’homme et c’est page 61.

*** Le compte-rendu de la soirée du 1°octobre « Lettres à Miles à La Maison de la Poésie » à Paris sous la signature de Jean-François Mondot » pour Jazz Magazine

en recopiant le lien suivant dans votre navigateur préféré:

Lettres à Miles à la Maison de la Poésie

 

*** Le premier article sur les « Lettres à Miles » de Franck Médioni 

Vingt-cinq ans jour pour jour trente-cinq ans après la disparition de l’un des plus grands musiciens de son temps paraît ici le premier article sur les « Lettres à Miles »; un livre qui connaît déjà un grand succès, article signé de Didier Pennequin dans Le Quotidien du Médecin (édition du 26/09)

 

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*** Un article sur « La maison d’Hannah et autres fictions/Dans la lumière d’Edward Hopper » de Michel Arcens dans « Le Travailleur catalan » (hebdomadaire/Perpignan)

 

*** Un article sur « La triade nostalgérique » de Roger Hillel dans « La Marseillaise » du 31 mai.

Mardi 31 mai 2016 / La Marseillaise 35

CULTURE

« L’idéologie de l’Algérie française est encore très prégnante »

Mémoire

Roger Hillel est l’auteur de la Triade nostalgérique. Un ouvrage-témoignage sur le combat contre les lieux de mémoires des nostalgiques de l’OAS à Perpignan.

Qu’est-ce qui a motivé l’écriture de votre livre ?

C’est un combat mené pendant plus de 7 ans au sein d’un collectif d’organisation. C’était rude, mais très beau, très fort, de réels liens de fraternité s’y sont noués. J’ai ressenti le besoin d’en faire un bilan, en livrant mon regardpersonnel.

Qu’entendez-vous par triade « nostalgérique » ?

« Nostalgérique », c’est un néologisme pour désigner les nostalgiques de l’Algérie française. La ville de Perpignan compte trois lieux au service de cette vision de l’histoire, je les nomme « triade » en assumant la connotation négative du mot. Il s’agit d’abord d’une stèle rendant hommage à l’OAS au beaumilieu du cimetière. Ensuite, d’un monument aux disparus français de l’Algérie entre 1954 et 1963. Et enfin du centre de documentation des Français d’Algérie.

En quoi constitue-t-elle un enjeu politique ?

Il s’agit pour les promoteurs de cette triade d’encenser la présence française en Algérie et de souligner les « bienfaits » de la colonisation. L’Algérie a, en ce sens, une charge symbolique et politique beaucoup plus importante que d’autres excolonies, car il s’agissait d’une colonie de peuplement puis de trois départements. Il reste encore beaucoup de survivants de cette période, les rapatriés d’Algérie, qui constituent eux-mêmes un enjeu électoral. Une minorité d’entre eux repousse la nostalgie coloniale mais beaucoup d’autres continuent de penser aujourd’hui encore que l’Algérie aurait dû rester française. Il sont un point de jonction entre la droite et l’extrême droite du pourtour méditerranéen de la France.

Vous écrivez dans votre ouvrage qu’« on n’en a pas fini » avec cette question. Pourtant elle est vieille de 50 ans…

C’est vrai mais le souvenir de la guerre d’Algérie est encore très vivace. Le travail de mémoire est incomplet. Quid des générations qui vont suivre ? Des travaux de politologues soulignent un amoindrissement de l’attachement à l’Algérie française chez les descendants de pieds noirs mais difficile de savoir s’il signifie une prise de distance vis-à-vis de l’idéologie très prégnante qui est à sa source.

Pourquoi estimez-vous que le combat contre la triade nostalgérique a été perdu à Perpignan ?

Parce que la stèle OAS, le mur des disparus sont toujours là et que le centre de documentation des Français d’Algérie a acquis un caractère officiel sous l’égide de la mairie de Perpignan. Il présente une histoire franco-algérienne frelatée, avec ses amnésies, ses dénis. Tout cela, légitimé aux yeux des visiteurs par la présence du centre au sein du pôle muséal de Perpignan.

Vous avez néanmoins récemment remporté une victoire en justice.

Les relations ont toujours été très rudes avec le cercle algérianiste mais elles étaient restées dans les limites de l’acceptable. Suite à une interview donnée à l’Indépendant, des réponses injurieuses à mon égard ont été publiées. On me traitait de stalinien, on m’assimilait à un révisionniste, un homme de haine. Cela m’a beaucoup atteint, moi qui ait été victime avec ma famille de la haine nazie. Ces propos de Mme Simon-Nicaise, représentante du cercle algérianiste [et adjointe au maire Ndlr], ont été condamnés en première instance. C’est la première fois. Je m’en félicite.

Propos recueillis par Léo Purguette

 

 

*** L’émission « Open jazz » par Alex Dutilh sur France Musique lundi 16 mai 2016 à propos de « La Maison d’Hannah et autres fictions, dans la lumière d’Edward Hopper » par Michel Arcens

C’est ici: http://www.francemusique.fr/player/resource/131133-161915

C’est à partir de la minute 43 (et suivantes) à propos d’un texte intitulé « Valse pour Debby » qui se trouve être le titre d’un thème composé par le pianiste Bill Evans.

Le site de l’émission comporte également un article sur le livre « La Maison d’Hannah »

 

 

*** Un article dans « Le Monde Diplomatique » du mois de mai 2016 à propos

du livre « La triade nostalgérique »  de Roger Hillel

 

*** A propos d’Yves Charnet et de « Quatre boules de jazz » son livre sur Claude Nougaro:

 

http://www.autofiction.org/index.php?post/2016/03/04/Quatre-boules-de-jazz-:-un-requiem-pour-Claude-Nougaro-Yves-Charnet

 

*** « La maison d’Hannah » de Michel Arcens dans La Gazette de Montpellier (par Jacques Molénat)

Quand Hopper enflamme l’imaginaire

C’est un petit livre d’une grande originalité. L’auteur, Michel Arcens, a choisi vingt tableaux d’Edward Hopper et accompagne chacun d’eux d’une fiction que l’œuvre lui inspire.

Vingt récits nourris de l’ample imaginaire qu’ouvre l’univers mélancolique du peintre américain.

 

Le livre est construit avec raffinement. Un tableau, un récit, souvent une citation.

« Il n’est pas encore minuit » prolonge ainsi « Automat », une toile aux tonalités blafardes qui montre, dans un self-service, au milieu de la nuit, une femme seule assise devant une tasse de café. Arcens, lui, met en scène Hannah : « Elle aime un homme et cela lui suffit. Elle fait comme si cet amour était éternel. » Elle s’interroge : « Comment les gens font-ils pour vivre sans passion, sans cette brillante lumière bleue ? »

Jacques Molénat La Gazette de Montpellier n° 1425 (du 8 au 14 octobre 2015)

***Au sujet de « la triade nostalgérique » de Roger Hillel dans « Le travailleur catalan »

 

*** Un article à paraître dans la revue (papier) « Livr’Arbitres » signé par Jacques Aboucaya au sujet de « La maison d’Hannah/Dans la lumière d’Edward Hopper »

ACTUALITÉ DE LA NOUVELLE

 

Les Français, du moins les contemporains, sont réputés ne guère priser la nouvelle. Ils ont tort. Et d’abord parce que notre littérature compte des maîtres du genre. Ensuite parce que la nouvelle n’a rien d’un art mineur. On aurait tort de la considérer comme une sorte d’ersatz, de roman en raccourci. Elle a ses lois propres, postule une économie de moyens qui écarte toute digression, tout repentir. En quoi elle s’apparente à l’aquarelle. Ou encore à la caricature, dans la mesure où le nouvelliste ne retient que l’essentiel nécessaire à la chute de son récit.

 

En outre, rien de plus plastique qu’une forme s’accommodant aussi bien de la transcription la plus méticuleuse du réel que des vagabondages de l’imagination. D’où l’extrême diversité d’un genre qui a connu, au fil des siècles, maints avatars. Une variété illustrée aujourd’hui par deux auteurs et deux recueils fort dissemblables, On ne voit pas la nuit tomber, de Jean-Baptiste Baronian[1], et La Maison d’Hannah, de Michel Arcens[2].

Les personnages de Baronian se meuvent dans un univers pour le moins inquiétant. Leur domaine est le bruit et la fureur, leur quotidien le crime. Assassins ou victimes, ils sont toujours confrontés à des situations qui les dépassent en même temps qu’elles révèlent quelque facette ignorée de leur personnalité. De ces paroxysmes, folie meurtrière ou amour fou, naissent le mystère et le suspense. Deux domaines que l’auteur connaît bien pour en avoir exploité, dans ses livres précédents, les possibilités. Voire les vertus, s’il est loisible d’user de ce terme en pareille occurrence. Tout l’art de l’écrivain réside dans la montée d’une tension qui ne trouve sa solution que dans un dénouement inattendu. Non que ce dénouement échappe à toute logique.

Tout différent, le recueil de vingt fictions composé par Michel Arcens. Elles trouvent leur unité, voire leur lien de parenté, dans le fait que chacune est inspirée par un tableau d’Edward Hopper. Le réalisme de ce dernier alimente une fiction qui le transcende. Beaucoup de silhouettes féminines, des paysages variés, ruraux ou maritimes. Les mondes du peintre et celui du nouvelliste s’interpénètrent. Ou, plus exactement, le premier engendre le second, la sensibilité et l’imaginaire du nouvelliste se nourrissant de la précision des scènes fixées comme sur le motif, avec un souci de réalisme, d’exactitude dans les détails et les couleurs.

De l’ensemble, se dégage une douceur mélancolique. Le climat créé par l’écrivain, s’il traduit l’atmosphère baignant les toiles de Hopper, possède sa tonalité propre. Rien de violent, ici, ni de paroxystique. Mais la poésie qui sourd du flux et du reflux des vagues, celle des phares sur le littoral baigné de soleil, le charme des rochers et celui des maisons de bois – comme celle de Valse pour Debby, dont le titre, clin d’œil à Bill Evans, évoque la passion de l’auteur pour le jazz auquel il a consacré des ouvrages remarqués. Comme méritent de l’être ces perles dont l’ensemble possède un charme singulier.

[1] Jean-Baptiste Baronian, On ne voit pas la nuit tomber, de Fallois/L’Âge d’Homme, 2014.

[2] Michel Arcens, La Maison d’Hannah et autres fictions, Alter ego, 2015.

 

 

*** Un article signé Jacques Aboucaya pour « Le salon littéraire » à propos de « La maison d’Hannah/Dans la lumière d’Edward Hopper:

 

 Les noces du roman et de la peinture

 

La littérature et l’image ont entretenu, entretiennent toujours des rapports étroits. Ce, depuis la plus haute Antiquité, comme eût dit Alexandre Vialatte. Sans remonter aux cartouches hiéroglyphiques des Egyptiens et si on ne s’en tient pas aux seules bandes dessinées « modernes », dont le propre est d’accorder semblable importance au texte et à son illustration, comment ne pas constater que certains écrivains, et non des moindres, furent aussi des peintres et des dessinateurs ? Hugo, Cocteau, Fromentin, Artaud, Valéry, Michaud, pour s’en tenir aux noms qui viennent spontanément sous ma plume. Sans compter, dans un domaine bien particulier, Diderot, dont les Salons, écrits à l’instigation de Grimm, dépassent la seule critique artistique pour devenir un genre littéraire à part entière. De la même lignée, Baudelaire, auteur lui aussi de Salons. Ainsi sa comparaison entre Hugo et Delacroix est-elle restée célèbre, à juste titre.
C’est, du reste, l’auteur des Fleurs du Mal qui est allé le plus loin dans l’expression quasi clinique de la synesthésie. Son sonnet Correspondances est dans toutes les mémoires : « Les parfums, les couleurs et les sons se répondent. » Nous voilà au cœur du mystère.

 

Qui dirait mieux ? Michel Arcens. A cette trilogie, il ajouterait sans doute « les mots ». Et il le prouve par l’exemple, avec un livre parfaitement original, qui n’est pas le fruit d’une critique stricto sensu de l’œuvre picturale (nul commentaire technique, nulle description de tableau ne viennent obvier au propos que s’est fixé l’auteur), mais qui va plus loin et plus haut. En réalité, l’œuvre d’un romancier et d’un poète. Plus précisément d’un nouvelliste qui prend appui, pour laisser vagabonder sa propre imagination, sur la production d’un des artistes les plus prisés parmi les contemporains, le newyorkais Edward Hopper (1882-1967).

 

Hopper se laisse difficilement enfermer dans une catégorie particulière. Le réalisme, certes. La peinture d’une société américaine passée, et même dépassée, dont il conserve la nostalgie, assurément. L’opposition entre un monde « naturel » et idyllique (ô mânes de David Henry Thoreau….) et une modernité montrée dans toute sa crudité. Génératrice de cette mélancolie dont sont habités quasiment tous ses personnages, comme si les mutations auxquelles ils assistent les laissaient désemparés. Un regard acéré sur une civilisation et une époque dont il n’est nul besoin de dénoncer les tares ou les insuffisances pour qu’elles éclatent au grand jour. D’où la valeur incontestable du témoignage. Avec cela, un maître coloriste attentif, précis, et des cadrages qui dénotent  l’influence de la photographie.

 

Dans le vaste ensemble des toiles laissées par Hopper, Michel Arcens en a choisi une vingtaine dont l’ouvrage offre la reproduction en tête de chacune des nouvelles qu’elles ont inspirées. Non pour se livrer à une exégèse ou les paraphraser. Elles lui servent de tremplin d’où son imaginaire prend son essor. Elles le stimulent, le projettent dans un univers qui n’est, par rapport à celui du peintre, « ni tout à fait le même, ni tout à fait un autre ». Qui englobe et dépasse en même temps les paysages et les portraits. L’écrivain peuple les premiers de personnages sortis tout armés de son esprit et de sa sensibilité, prête aux seconds une personnalité, une psychologie que lui suggère leur portrait. Chaque histoire procède de la fiction. Elle donne au tableau considéré une manière de prolongement, en fait vibrer les harmoniques.

 

L’intérêt, qui tient, évidemment, au fait que l’écrivain est imprégné des toiles choisies au point de faire quasiment corps avec elles, c’est que sa prose et l’illustration lui servant d’appui évoluent en totale indépendance – et  en parfaite harmonie. Le texte, avec ses clairs-obscurs, fait écho à « la lumière d’Edward Hopper » évoquée par Michel Arcens. Il en propose un contrepoint, enrichit ses harmoniques. C’est dire la richesse de l’ensemble.

 

Jacques Aboucaya

 

Michel Arcens, Dans la lumière d’Edward Hopper. La Maison d’Hannah et autres fictions, Alter ego, mai 2015, 168 p., 18,50 €.

 

 

*** « La maison d’Hannah et autres fictions (Dans la lumière d’Edward Hopper) » dans La Dépêche du Midi (éditée à Toulouse le 5 juillet 2015)

Installées à Céret dans les Pyrénées-Orientales les éditions Alter Ego sont petites mais vigoureuses. On leur doit notamment plusieurs livres sur le jazz dont l’excellent « Quatre boules de jazz, Nougasongs » du Toulousain Yves Charnet.

Son goût des histoires courtes, Alter Ego le retrouve avec « La maison d’Hannah et autres fictions » de Michel Arcens (166 pages, 18,50€).

Cet autre fou de jazz fait swinguer les mots « dans le sillage d’Edward Hopper ».

Vingt tableaux de l’artiste américain lui ont inspiré des histoires de ruptures (et de retrouvailles), de disparitions, de combats quotidiens (contre le racisme et la misère), de grands élans brisés par un destin implacable. Les cœurs battent la chamade et les éléments se déchaînent : vent, pluie, neige et chaleur accablante poussant les êtres perdus dans leurs derniers retranchements.

 

*** Un article paru dans le quotidien « L’Indépendant » (Perpignan) sur le livre de Roger Hillel « La triade nostalgérique »

Demain (vendredi 3 juillet 2015), à partir de 18 heures, à la librairie Le cheval dans l’arbre à Céret (boulevard Maréchal-Joffre) Roger Hillel, ancien professeur à l’Université, devenu journaliste spécialisé dans les questions ayant trait au racisme et au colonialisme, présente et dédicace l’ouvrage qu’il vient de publier aux éditions Alter Ego, La triade nostalgérique.

Selon Michel Marc, chroniqueur au Travailleur Catalan, il s’agit là d’«un texte salutaire» qui raconte comment, grâce au soutien partisan de la municipalité, Perpignan est devenue la capitale des nostalgiques de l’Algérie française (les nostalgériques) et qui aide à comprendre comment on en est arrivé là.

Pour Éric Savarese, professeur de science politique à l’université de Montpellier : «Le livre de Roger Hillel (…) relate, avec une grande précision, les éléments et étapes d’une controverse toujours replacée dans son contexte(…). Il confronte, avec une grande rigueur, les arguments échangés par les acteurs, sans jamais s’abriter derrière une pseudo-neutralité, et en explicitant, avec une très grande honnêteté intellectuelle, la position de son auteur.»

Au-delà de la narration des péripéties de ce combat, l’auteur s’attarde sur une des plus stimulantes expériences de sa longue vie militante : la découverte de l’existence de pieds-noirs progressistes.

Ainsi, reconnaît-il que sans eux, il n’aurait jamais pris conscience du traumatisme subi par les pieds-noirs du fait de leur exode de 1962.

 

*** Un article de Jean-Pierre Longre sur le livre de Michel Arcens « Dans la lumière d’Edward Hopper LA MAISON D’HANNAH et autres fictions »

« Le mystère d’Edward Hopper »

Les vingt textes que Michel Arcens propose « dans la lumière d’Edward Hopper » ne sont ni des descriptions ni des commentaires de tableaux. Serait-il d’ailleurs possible pour un écrivain de traduire en mots ce que seule la peinture sait dire et sous-entendre ? L’artiste lui-même jugeait vaine toute tentative de ce genre. Non : l’intention avouée de Michel Arcens est de « pénétrer dans la peinture de Hopper » en lui apportant une part « mystérieuse », « inconnue », secrète de soi-même.

Pas de méprise : il ne s’agit pas de confession intime, de journal personnel ou esthétique. Il s’agit de rester dans les limites imposées par les toiles ici reproduites, dans leur immobilité, leur luminosité, leurs couleurs, leurs perspectives, leurs motifs (personnages en attente, bâtisses isolées, étendues marines ou campagnardes, paysages citadins…). Mais dans ces limites mêmes, la profondeur des tableaux sollicite l’imagination, la puissance du rêve, le mouvement narratif, qui eux-mêmes suscitent la poésie et le récit.

Cela donne des nouvelles qui sont comme des illustrations verbales, de délicats prolongements de l’œuvre peinte, et qui provoquent chez celle-ci des pulsions parfois inattendues. De ces toiles qui en surface paraissent figées (ce que confirment le style et la teneur des extraits descriptifs), l’auteur sait, à partir de sa propre expérience, de sa sensibilité personnelle et de références littéraires identifiées, extirper l’histoire singulière de personnages plus ou moins inventés, les sensations physiques, les mouvements de la nature cosmique, minérale, végétale, ceux du temps qui passe, voire les parfums, la musique et la danse. Illusions ? Sans doute, mais illusions heureuses. Hannah a disparu, mais : « C’est un prodige étrange qu’Hannah soit ici, maintenant, présente, vibrante, heureuse. Elle passe lentement ses doigts sur mes paupières, puis ma bouche, jusqu’au menton. Elle pose ses lèvres sur les miennes, entrouvertes de tant de merveilles… ». Ces merveilles, ce sont celles de la peinture et de l’écriture conjuguées.

Jean-Pierre Longre

 

*** Un article du journal « Le travailleur catalan » sur le livre de Roger Hillel « La triade nostalgérique »

*** Un article de Chantal Lévêque sur le blog des « Vendangeurs littéraires » concernant « La maison d’Hanna » de Michel Arcens

à l’adresse suivante à recopier dans votre navigateur: http://vendangeslitteraires.overblog.com/

*** Un article paru dans « Midi Libre » le 11 juin 2015 à propos de « La maison d’Hanna »

Et Arcens incarna Hopper
C’est un livre délicat et poétique. Un petit ouvrage subtil et malin composé de vingt fictions inspirées par vingt tableaux d’Edward Hopper. Des histoires inventées, au-delà des personnages et des paysages de ces toiles au réalisme pénétrant.

Au fil des pages, on retrouve la lumière et l’atmosphère des tableaux. Au fil des mots, on plonge dans un imaginaire et de nouveaux mondes. Les femmes et l’amour sont omniprésents. L’écriture douce et solaire conduit le lecteur vers des contrées parfois énigmatiques, toujours apaisantes, assurément philosophiques. Un beau voyage, façon supplément d’âme, inhabituel et pertinent. Incarné et délicieusement
irréel.

L’auteur présentera
son livre le 13 juin à 11h
au musée d’art moderne de
Céret et le 18 juin à 18h à la
librairie Torcatis de Perpignan.
◗ “La maison d’Hannah
et autres fictions”, Michel
Arcens, éditions Alter Ego, 18,50 €

 

 

*** Une interview de Michel Arcens par Serge Bonnery dans « L’Indépendant » du 11 juin 2015 à propos de « La maison d’Hannah »

Edward-Hopper-Marshall-s-House--1932-

L’Indépendant: On vous connaît pour vos écrits sur le jazz et en particulier sur John Coltrane, comment avez-vous rencontré l’oeuvre de Hopper?
Michel Arcens: J’avais lu quelques livres mais c’est l’exposition de 2012 au Grand Palais à Paris qui a provoqué le choc. J’en suis sorti très ému,les larmes aux yeux. Il y a un véritable phénomène social autour de Hopper. Cette exposition fut, de toutes celles du Grand Palais, la plus visitée. Des critiques disent que ce n’est pas, techniquement, un très grand peintre. Ce qui n’est pas faux. Mais alors, pourquoi une émotion aussi partagée, aussi répandue et aussi intense ?

D’après vous?
Je pense que ce que nous voyons en regardant une toile de Hopper n’est ni le tableau
ni son sujet. C’est nous-mêmes. Un tableau de Hopper est une intense épreuve
de soi-même. Il nous montre des choses qui ne sont pas sur la toile. Il nous montre de
l’invisible.
Est-ce la quête de cet
invisible qui vous a poussé
à écrire ?
Je suis en effet parti de ce « quelque chose » qui n’est pas montré en tant qu’objet
dans les tableaux, qui n’est pas déterminé et qui, de ce fait, est « autre chose» pour
chacun de nous. Le risque du livre est que les gens qui le liront ne retrouvent pas
«leur » vision de Hopper. Il n’y a pas de consensus possible autour de ce peintre pour
la raison qu’il déclenche en chacun de nous « quelque chose» de singulier qui nous
appartient en propre.
Pourquoi avoir choisi la fiction pour parler de cette oeuvre?
Je ne suis ni historien de l’art ni critique. Je n’avais donc aucune légitimité à me lancer
dans une analyse de la peinture de Hopper. Et je crois que la fiction est un moyen de partager une infime partie de l’émotion ressentie. L’émotion ne s’explique pas.
Qu’est-ce qui vous a poussé à faire un livre à partir de cette émotion?
J’avais besoin d’écrire ce livre. C’était pour moi une nécessité.
Pourquoi?
Parce que j’ai été submergé par l’oeuvre de Hooper. J’ai vu ma vie dans ses tableaux.
Ce livre, j’en ai pris conscience en l’écrivant, est hanté par les morts. Il y a beaucoup de morts dans les textes ou des personnages qui ne sont pas là…

On sent votre écriture marquée par le sceau de la musique de jazz. Est-ce
recherché?
Trois textes font explicitement référence à des œuvres musicales. Celui qui s’intitule
« Le matin, une musique » est bâti autour du thème d’Emily de Johnny Mandel sur des paroles de Johnny Mercer. « Valse pour Debby » reprend la Waltz for Debby de Bill
Evans. Et, enfin, il y a « Le chant des oiseaux » de Pau Casals. Mais j’ai aussi cherché à
écrire selon un rythme, une mélodie, dans l’atmosphère d’un free-jazz progressiste et
apaisé.

Vous semblez entretenir un intense rapport à l’image…
Il y a un malentendu sur l’image. On pense qu’elle représente quelque chose, qu’elle traite d’un sujet, qu’elle est objective. Mais l’image peut aussi être source d’imaginaire. C’est le génie de Hopper que de susciter, à partir d’un
tableau, tous les imaginaires possibles et de nous faire ressentir
qui nous sommes…
Recueilli par Serge Bonnery
La maison d’Hannah et autres
fictions, par Michel Arcens. Editions
Alter Ego. 165 pages,

Ainsi que l’article ci-dessous:

« Vingt proses où le flou entoure les contours d’histoires jamais racontées dans leur totalité, vingt expressions poétiques d’un imaginaire de l’intime : Michel Arcens donne avec La Maison d’Hannah un livre à la fois émouvant, très personnel et profondément inquiet. Même si la mort qui rôde au détour des pages en fait un «livre noir» de l’aveu même de son auteur, il ne reste pas moins irradié de rayons de pur bonheur, «de sérénité et d’apaisement.

C’est que la mélancolie d’Edward Hopper n’est pas à rechercher dans le rebours du
temps tel qu’il se fige sur chaque toile ou dans les textes qui, ici, s’en inspirent.
«La mélancolie, c’est l’être de l’être», dit Michel Arcens dont les mots, accents de soi saisis dans l’incertain de l’instant, touchent à l’essence même de la poésie. »

Par Serge Bonnery


Ce livre a été présenté pour la première fois à ses lecteurs le 13 juin au musée d’Art Moderne de Céret (Pyrénées Orientales)

 

*** « La triade Nostalgérique » sur le blog de Jacques Cros

La triade Nostalgérique: C’est le titre d’une étude produite par Roger Hillel, un universitaire qui est retiré à Perpignan. Collaborateur au Travailleur Catalan, il s’est intéressé aux problèmes du colonialisme particulièrement à celui qu’a connu l’Algérie Dans les PO cette affaire est rendue difficile par le poids des rapatriés organisés dans le Cercle Algérianiste

La triade comprend une stèle qui rend hommage à l’OAS, un mur des disparus et Un Centre de Documentation des Français d’Algérie. Si l’auteur ne nie pas les souffrances qu’ont connues les Pieds Noirs il refuse d’évacuer celles des colonisés qui ont subi le système pendant 132 ans. Celles des appelés du contingent sont justes évoquées. Peut-être ce qui est en cause c’est la carence en la matière de leur fédération d’anciens combattants ?

Les cercles algérianistes ont ce défaut général : ils récusent les historiens et remplacent l’examen objectif des événements par leurs témoignages. Et quiconque les remet en cause est qualifié d’incompétent voir d’être conditionné par un esprit partisan.

Roger Hillel s’est interrogé et a découvert que tous le Pieds Noirs n’étaient pas à classer dans ce même moule. Il existe l’ANPNPA, l’Association des Pieds Noirs Progressiste et leurs Amis qui a une autre vision de ce qu’a été le colonialisme

Au passage on remarque que de même qu’ailleurs, à Perpignan les élus de droite sont complaisants avec le Cercle Algérianiste et les affidés de l’OAS. Par ces temps de crise l’idéologie raciste, xénophobe, islamophobe, est exploitée par ceux qui n’entendent pas remettre en cause la logique qui crée les désordres douloureux que nous vivons

L’affaire du mur des disparus est également révélatrice des approximations qui peuvent être faites par un comité de pilotage qui ne s’embarrasse pas d’exigence de garantie de vérité Les noms sont triés et les victimes de l’OAS ne sont pas toutes recensées Dans l’autre sens figuraient sur la liste des membres en vie d’une famille qui a d’ailleurs protesté

Le CDDFA est à l’avenant dans l’à peu près On s’interroge : pourquoi les Algériens ont-ils entrepris en 1954 une guerre d’indépendance difficile si le colonialisme leur apportait le bonheur clé en main ?

Les échanges qui ont eu lieu au sein de l’ANPNPA sont retranscris. Ils concernent le jugement porté sur Albert Camus, la question de savoir pourquoi le départ massif des Européens après le 19 mars 1962. Le bilan de ce qu’a été le colonialisme est étudié chiffres à l’appui. Celui des violences aussi depuis l’époque de la conquête jusqu’à celui de la guerre de 54 à 62. .

Nous avons relevé une idée qui ne nous était pas familière. Les Pieds Noirs formaient une population faite d’une mosaïque de communautés (Espagnols, Italiens, Maltais, Français, Juifs…) qui au début ne se mélangeaient pas mais que l’histoire avait fini par réunir et qui en faisait des gens vraiment différents des Français de métropole par leur parler, leurs habitudes alimentaires, leur mode de vie, leurs mentalités…

C’est une analyse documentée qui est proposée au lecteur dans la complexité du sujet et de la situation vécue à Perpignan depuis 2003, date de l’érection de la première stèle de la honte que l’on doit à Gérard Vié, un sculpteur militaire.

 

Jacques Cros

 

 

 

*** Le premier article consacré à « La maison d’Hannah et autres fictions » de Michel Arcens sur le blog des « Vendangeurs littéraires »

Ça se trouve ici http://vendangeslitteraires.overblog.com/

 

*** Un article de l’écrivain Michèle Finck sur le site Terres de Femmes à propos du livre d’Yves Charnet « Quatre boules de jazz »

Cet article porte ce beau titre:

FAIRE JAZZER LA LANGUE : LA BLUE NOTE
DE ON THE ROAD DE KEROUAC AU “NOUGAROADBOOK” D’YVES CHARNET

et on peut le trouver ici:

http://terresdefemmes.blogs.com/mon_weblog/2015/05/yves-charnet-quatre-boules-de-jazz-nougasongs-par-michèle-finck.html

*** Vidéo au sujet du livre d’Yves Charnet « Quatre boules de jazz »


http://www.dailymotion.com/video/x2je2qj_quatre-boules-de-jazz-nougasongs-d-yves-charnet-1ere-partie_creation

http://www.dailymotion.com/video/x2jfna4

*** A propos du livre d’Alain Gerber « Bu, Bud, Bird, Mingus, Martial et autres fauteurs de trouble »

* Un article de Paul Benkimoun dans « Le Monde » (« Le Monde des Livres ») le 6 mars 2015:

L’essence du jazz

Il existe encore des écrivains du jazz et, denrée encore plus rare, des éditeurs pour rendre accessibles leurs textes. Après son « Petit dictionnaire incomplet des incompris » en 2012, la même maison d’édition, Alter ego, propose un nouveau recueil de textes d’Alain Gerber, plume jazzique incomparable. Articles, poèmes, livrets de disques offrent une revue de musiciens – des légendaires (Billie Holiday, Bud Powell, Charles Mingus, Chet Baker) aux émergents – et de thèmes – entre autres cette fameuse « sorte de bleu ». Certaines formules saisissent l’essence d’un artiste. Du choix de Stan Getz pour la désillusion, Gerber écrit ainsi : « D’emblée,il a pris position dans le camp de la défaite. » De Martial Solal : « Avant tout il a besoin que le silence n’attende rien de son amour. » Mais c’est aussi, dans « L’amateur et le musicien », à propos de leur « dialogue de sourds » à l’écoute de la musique que la marque de Gerber est évidente.

P.B.

* Un article de Jacques Balthazar dans « L’Est républicain » paru le 7 mars

Le dernier livre d’Alain Gerber (en médaillon) publié aux Editions Alter Ego. Photo montage INA S. COULONhttp://www.estrepublicain.fr/files/fr/images/zoom_in_magnifier.png
Le dernier livre d’Alain Gerber (en médaillon) publié aux Editions Alter Ego. Photo montage INA S. COULON
« BU, BUD, BIRD, Mingus, Martial et autres fauteurs de trouble » (Éditions Alter Ego – 19 euros) se présente sous la forme de textes, articles de presse, extraits de romans, d’émissions de radio, préfaces et inédits reposant sur l’équation 3B, 2 M.
Sa résolution permet d’accéder à la substantifique moelle du jazz. Cet ouvrage s’inscrit comme le précise Alain Gerber dans la continuité du Petit dictionnaire incomplet des incompris (Alter Ego) paru en 2012.
Le « Faubourg des Coups-de-Trique » nous avait plongés dans le monde de Passe-lacet, Vurpillot, Kramsky, Jeannot Hoffstetter dit Hansi, Buisson avec sa canne, Cochise et sa bande de galvaudeux, des tas de gens d’un quartier de Belfort.
Quarante ans plus tard, Alain Gerber nous invite à visiter d’autres cités et quartiers imaginaires, un improbable Faubourg des Fauteurs… de trouble sans s, habité par une cinquantaine d’artistes, musiciens de jazz pour l’essentiel.
Vous croiserez au début de ce Faubourg des Fauteurs-de trouble Sidney Bechet, qui ne crèche pas très loin de Chet Baker et Art Blakey (Bu).
Le facteur doit se régaler dans cette rue en déposant un peu plus haut des lettres d’amour à Billie Holiday, lettres incendiaires à Charlie Mingus, Thelonious Monk, Charlie Parker ou Bud Powell.
Légendes toujours vivantes de la musique afro américaine, qui forcent « l’admiration » de l’écrivain. « Le jazz est un roman ». Il l’est encore et plus que jamais depuis que l’émission du même nom sur France Musique s’est tue.
Le jazz est plus qu’un roman
Dans ce même Faubourg des Fauteurs-de trouble où Alain Gerber « habite un vertige », il y a de proches amis. Ce sont des créatifs, hommes et des femmes, d’aujourd’hui, pour qui « Ce n’est pas de durer qu’il s’agit, c’est de renaître » au premier rang desquels le pianiste Martial Solal.
On devine l’ami. « S’il est partout chez lui, nulle part, il ne s’attarde, en permanence il est loin, toujours entre deux rendez-vous cultivant les inadvertances de son jardin secret ».
Ce n’est pas le trouble du genre, mais le genre du trouble. Alain Gerber s’en explique « à l’improviste et à l’encontre » auprès de l’ami et jurassien Daniel Humair, parce que « Le jazz est un art de déséquilibrés ». C’est l’art du trouble poussé à son paroxysme.
« Ce n’est pas seulement la musique que les jazzmen improvisent quand ils sont ensemble – souligne Alain Gerber – ce sont leurs sentiments. Ce qu’ils éprouvent les uns pour les autres et portent à eux-mêmes et portent à leurs instruments : tout le tumultueux silence qui est le secret de la musique ».
Le jazz, à ce stade, est plus qu’un roman, poésie.
J.B.

* Un article de Philippe Méziat pour le site Citizen Jazz (http://www.citizenjazz.com/) dont voici le texte intégral, le livre ayant obtenu la suprême distinction accordée par Citizen Jazz :

Ce livre est un recueil de textes, initialement parus dans divers magazines (Senso, Jazz Magazine, Cahiers du Jazz) ou écrits pour accompagner des disques (souvent produits par Jean-Jacques Pussiau, mais aussi par des compagnies dites « majeures »), ou encore totalement inédits – et il s’agit souvent alors de poèmes. Le tout ponctué en sa toute fin d’un envoi, celui-là même qu’Alain Gerber écrivit pour l’ultime séquence de son émission « Le Jazz est un roman » en juin 2008. Voilà pour la description formelle de l’ouvrage, paru en novembre 2014, déjà chroniqué avec pertinence par Michel Arcens (ici) et Jacques Aboucaya ().

On y retrouve ce qui a fait, et fait de plus en plus et de mieux en mieux, la manière et le succès de l’écrivain, romancier, critique de jazz malgré tout (ou malgré lui), soit une façon de dériver d’un thème ou d’un sujet vers ses innombrables variantes et variations, toutes propres à susciter chez le lecteur quelque chose qui renvoie à la « quintessence » du sujet ou du thème, et l’incite le plus souvent à vouloir (s’il s’agit d’un musicien de jazz par exemple) en savoir un peu plus par l’écoute. Sont donc invoqués, sous différentes formes littéraires et dans l’ordre alphabétique, quelques grands et petits noms de la chose « jazz », de Henry « Red » Allen à Kenny Werner en passant par Chet Baker, Edouard Bineau, Jean-Paul Celea, Ray Charles, Christian Escoudé, Tony Fruscella, Grant Green, Lionel Hampton, Lee Konitz, Guy Lafitte, Charles Mingus, Claude Tissendier, et j’en passe énormément.

Mais l’originalité profonde de ce « recueil » est à chercher quelque part du côté de son titre : « Bu, Bud, Bird », cela sonne comme un balbutiement, un babil. On dirait un enfant qui joue avec les mots, les sons, au moyen de sa bouche. En un sens c’est le jazz, le scat, le bop, Gillespie, Eddie Jefferson, et autres… fauteurs de trouble. Et le trouble, c’est donc ici – en dehors des sujets eux-mêmes – la poésie, l’allitération, le travail des mots et des sons. Voilà bien où Gerber nous conduit : au-delà du roman, le jazz est un poème. Il se pourrait après tout (mais ça c’est moi qui le dis) – et c’est même le vœu secret de pas mal de « jazz critics » – que la fin ultime des textes sur le jazz soit de l’ordre du haiku. Et si je suis sensible, tout particulièrement sensible, à cette dimension, c’est qu’un autre écrivain « de jazz » hélas disparu (Jean-Pierre Moussaron) avait, lui aussi, tenté l’aventure de la poésie. D’une poésie comme « avenir » et « à venir ». Dans son cas, cet « à venir » est resté (peut-être provisoirement) dans les cartons. Heureux qu’ici, il soit sorti de la boîte.

* Un article de Jacques Aboucaya, rédacteur à Jazz Magazine pour « Le Salon Littéraire » à lire ici en recopiant ce lien dans votre navigateur:

http://salon-litteraire.com/fr/alain-gerber/review/1912408-bu-bud-bird-mingus-martial-et-autres-fauteurs-de-trouble-la-quintessence-de-gerber

Charles Mingus

Charles Mingus

* Un article de Michel Arcens pour son blog Notes de jazz (http://notesdejazz.unblog.fr/)

 

Certains disent qu’il est un magicien de l’écriture, une sorte d’écrivain comme on n’en fait si peu. D’autres pensent que c’est un musicien et que son instrument ce sont des mots, des syllabes ou davantage des images qui auraient pris la forme de phrases et de paragraphes, chacune ayant sa mélodie, son harmonie et son rythme.

Tout ceci est vrai, à n’en pas douter. Mais peut-être est-il aussi quelque chose d’autre, quelque chose de plus. A lire « Bu, Bud, Bird, Mingus, Martial et autres fauteurs de trouble » qu’il vient de publier aux éditions Alter Ego, Alain Gerber apparaît plus que jamais comme un « souffleur ».

A rêver avec ces chroniques, ces portraits, ces poèmes en prose ou presque en rimes, on est plus riche à chaque phrase, non parce qu’on aurait pu en faire notre « profit », mais parce qu’on est plus heureux, emporté par quelque chose qui nous fait faire quelques pas de plus,. Quelques-uns de ces pas qui, tout en nous laissant souvent immobiles, nous font voir des paysages inouïs, que nous découvrons les yeux, le cœur et l’âme aussi, tous, grands ouverts. Il nous semble alors avoir fait de merveilleux voyages dans des contrées jusqu’ici insoupçonnées.

Alain Gerber est un bien l’un de ces « sorciers souffleurs », lui aussi « fauteur de trouble », lui aussi engendrant en nous dans tous ses textes des étincelles, de ces lumières qui font vivre et aimer, sans lesquelles il n’y aurait pas de désir, pas d’amour non plus. Car c’est ainsi que nous aimons la musique, les musiciens et aussi la vie tout entière. Mais Alain Gerber est un « souffleur » bien différent de tous les autres. Parce que dans chaque regard qu’il porte ici sur les musiciens, parfois même sur une couleur (le « bleu », évidemment), un producteur (Jean-Jacques Pussiau), les amateurs de musique, les instruments, il est à l’évidence plus que d’autres un « souffleur » d’âmes et de corps enfiévrés, de passions, de douceurs, de peurs, d’effrois, de tempêtes et de cieux aussi clairs et paisibles que le sourire d’un enfant. Cela dépend de son humeur à lui. Et un peu de la nôtre aussi. Voici un « souffleur » dont on perçoit à peine qu’il nous dit quelque chose au creux de l’oreille, dont on entend pourtant la musique à chaque battement du cœur, le sien et le nôtre qui, tous les deux ensemble, vont de pair et ne se quittent plus. C’est un ami qui, dans son souffle et dans chacune de ses respirations, donne tout, tout de sa vie, de ses sentiments, de sa passion, que ce soit le jour éclatant de soleil ou bien que ce soit la nuit la  plus profonde, peu lui importe. Ce qui compte pour lui et alors ce qui devient vital pour nous, c’est que nous sommes emportés, transformés, métamorphosés et qu’au bout du compte, au bout de ce voyage pourtant sans fin, nous sommes encore davantage nous-mêmes. Et que donc cela ne s’arrête pas. Que cela ne peut s’arrêter. Jamais.

*** A propos du livre d’Yves Charnet « Quatre boules de jazz »

1) Dans Jazz Magazine sous la signature de François-René Simon:

« Yves Charnet a une allure bonhomme, des doigts d’enfant (boudinés), a fait Normale Sup’, réside à Toulouse et vit des mots. Ceux des poètes : Baudelaire, Rodanski (pour n’en citer que deux). Ceux des chanteurs : Serge Lama, Claude Nougaro (pour n’en citer pas plus). Il a rencontré l’auteur de « Toulouse » lors d’un concert de Charles Trenet en 1981. Depuis est née une amitié-valse, exigeante, virevoltante, comme dans la chanson nougaresque préférée de Charnet, « Rimes ». Vous avez remarqué ? Ce nom, Charnet, c’est le début de Charles et la fin de Trenet. Tout est écrit d’avance, reste à mettre sa vie en musique. Et c’est dans la musique des mots de Nougaro que Charnet met les pas de sa propre vie. Avec l’art de rythmer sa prose et de donner sa langue au « ça » comme « le Petit Taureau » faisait haleter ses vers dans des jeux de mots pleins de sens sous-jacent. Cette autofiction serait plutôt une « autro-friction », un frottement contre l’autre qui fait éclore la vérité de soi-même. Et le chanteur ressuscite dans cet entrelacs tissé par l’écrivain : avec Yves Charnet, Nougaron n’aura jamais été mort. »

2) Sur le site des « Vendanges Littéraires », un article signé Chantal Lévêque. C’est à l’adresse suivante:

http://www.vendangeslitteraires.overblog.com/2015/03/yves-charnet-moi-et-nougaro-et-les-femmes.html

et c’est ici:

« L’amitié et l’amour, dans ce qu’ils ont de plus pur, cela commence à exister lors de l’absence. Les morts, en nous éduquant à l’absence, nous initient à la vraie présence. Parlant aux morts nous nous adressons aux vivants, les morts sont des vivants qui se rapprochent enfin de nous, l’absence est la forme la plus subtile de la présence, elle la sublime. »

Voici des mots, empruntés à Henri Lhéritier*, qui donnent toute l’ampleur et même amplifient la valeur de ce Requiem pour Nougaro. Yves Charnet était son ami et pour lui, qui dit amitié dit passion. Alors, comment accepter la disparition, la mise à néant d’un lien aussi fort ? Pas tout à fait charnel, mais presque. En écrivant ce livre, dix ans après.

Yves Charnet : moi et Nougaro (et les femmes)

« Un journal décousu… fait de parfums dans l’air, de traces de la mémoire, de choses imperceptibles » que les paroles des chansons – Nougasongs – viennent visiter tout du long. Un peu comme « On connaît la chanson » d’Alain Resnais, mais en livre ! Et ça nous ressuscite la mélodie, ces quelques phrases de ci de là. Yves Charnet a 19 ans lorsqu’après un dernier concert de Charles Trenet, il prend son courage à deux mains pour s’avancer vers « le monstre sacré » venu là rendre hommage au « fou chantant ». Il lui fera sa dédicace, l’invitera chez lui et le mêlera un peu plus tard à sa vie d’artiste, à ses concerts… et aux nuits blanches agitées qui les clôturent. Mais surtout, ils se retrouveront sur leur amour commun de la poésie, « de l’art de chanter les mots ». « La voix vive des chanteurs, bien plus haut que la voix blanche des poètes… les voix plus vivantes que les livres. » Ce qui est bien son plus grand regret : ne pas être l’interprète de ses mots.

Et c’est maintenant, à l’âge qu’avait Nougaro lors de leur première rencontre, qu’Yves décide de rameuter ses souvenirs, de les mettre noir sur blanc. De les remuer, comme il digère en même temps sa rupture d’avec Rachida, son amoureuse. « Parce qu’un livre, c’est aussi ce qui vous arrive quand vous écrivez ce livre. » Alors les chapitres suivent le rythme, les paysages de ses voyages. De ses allées et venues entre Marseille, Toulouse, Mont-de-Marsan, Nevers, Juan-les-Pins, Perpignan, Millas… et New-York. Il écrit dans un train, un avion, sur une terrasse à déguster des sardines grillées, dans une chambre d’hôtel, avec ou sans elle.

« Ma cinquantaine est en fuite / Cavale par monts et par vaux »

Bilan de vie, crise existentielle. La nostalgie, toujours : c’est la couleur des œuvres d’Yves Charnet. Et le temps qui passe n’arrange pas les choses.

« Coups de vieux ; coups de mou / Cerveau mou ; cœur au clou »

J’aime assez ses coups de blues, ils sont toujours au plus près de la vraie vie. Les passages à vide, ça le connaît. Et c’est cinglant de vérité et de sincérité. Sans compter que « sa prose rongée de rimes » est toujours aussi bien balancée. C’est le champion des points de suspension : temps morts pour savourer, digérer. Des points virgules aussi, mais ça, je ne sais pas pourquoi. Et ça rime, ça swingue… « Quand le jazz est, quand le jazz est là…»

Yves Charnet : moi et Nougaro (et les femmes)

Pensée revolver. C’est le dire qui fait mouche. Pas de quartier. Juste l’essentiel. C’est au tamis de son écriture scandée, saccadée… au travers de ses staccatos échevelés que l’on découvre son Nougaro à lui. Son admiration pour lui.

« Je suis témoin, ce jour-là, du génie de Nougaro. Sa façon, soudain de pousser les feux. Il la fait marcher au charbon. Sa locomotive à chanter. Ce n’est plus de la variété. Plus seulement. C’est autre chose. Cette présence religieuse à soi-même ; aux autres êtres. Personne n’a jamais chanté comme ça. Sauf Piaf, Brel, Barbara. C’est un acte. Un acte sacré. C’est une respiration de la pensée. Un charme contagieux de la chair. Toute la salle sait… Il y avait juste deux titres au programme. « Toulouse » ; « Vie, violence ». J’ai pleuré. Deux fois. J’ai pleuré. A la fin de chacun des deux titres. Il y avait toute la vie dans cette voix. Toute une vie d’homme dans sa voix de vieux chanteur. »

Le chanteur fraternel – celui des fêtes de l’Huma. Celui dont « la voix sort des entrailles » (emprunt à Cocteau), « le drogué de l’articulation », l’amoureux de Picasso (Pablo sera le nom de son fils). Le type à l’âme généreuse et festive. Sa maison, ses femmes, sa chimio… son dernier coup de fil !

Yves Charnet
Yves Charnet

C’est fouillis, c’est fouillé. Pourtant, même si à chaque page, l’homme de Toulouse vient hanter l’écriture du poète-écrivain, c’est tout autant de lui dont il parle. De ses femmes d’abord. Et la première en tête, sa mère, à Nevers… un dernier hommage à la dernière page. L’amour encore, l’amour toujours. Ça s’en va, et ça revient, dans tous ses livres. Comme son copain de plus de 20 ans qui lui aussi aimait les femmes, avec « son point de vue de clébard » sur la cambrure de la première venue, « Les jolies fesses des « craquantes » et « Croquez-moi, craquez-moi. Vous qui pourtant de l’ange n’êtes qu’un croquis »… qui ne parle qu’aux « seins « de son amour « assassin »… et toujours demander « Annie couche-toi là. Sur mon cœur. ».

L’auteur de ces « 4 boules de jazz » n’en finit pas de décliner ses sentiments à tous les temps, par tous les temps… Il se livre cash, sans décodeur. C’est un auto-fictif et il le revendique. Comment ne pas apprécier la poésie de ce tendre, ce sensible, cet écorché vif malmené par la vie qui panse ses maux par les mots. Ce petit des HLM, orphelin de père, nourri à la variété (Trenet, Lama, Sardou, Nicoletta) et qui a été tout simplement subjugué par celui qui un jour lui a ouvert son frigidaire rempli de champagne. Qui l’a simplement accueilli chez lui. Il n’en revient toujours pas. Il a connu Ste Anne, fréquente un professionnel de l’âme pour garder la tête hors de l’eau, chasser les ombres à chaque effondrement.

Il peut aussi être colère, vilipender l’injustice et revendiquer son vote pour Mélenchon. Rechercher l’innocence, la mise à distance de la haine, de la critique qui vous met par terre. Et se gorger pourtant des odeurs de la mort, jouir du spectacle rouge et ocre. Paradoxe ! Mais ceux qui rejettent la feria sont-ils vraiment dans « le déni panique de la mort » ? « La connerie de notre époque ». Cette pensée laisse songeur…

Plus les pages se tournent, plus les divagations abondent. C’est Harlem, une lecture, « Rimes ou prose ». Toujours dans l’incurable nostalgie, avec la tristesse du « jamais plus ». Déjà dans « Le Tour du Jazz en 80 écrivains », il lui avait consacré trois pages à sa vedette, sa star, son idole… mais là c’est un Requiem. A sa manière à lui. Télescopages du présent et du passé, flash-back et la vie hic et nunc, comme elle vient, comme elle n’en finit pas de défiler.

Voilà donc un livre très personnel, lettre et croquis à l’appui. « Il ne s’est pas perdu de vie ». Toujours elle finit par rejaillir, dans sa poésie, à Yves Charnet. Mais c’est une lutte constante.

« Vous êtes mort. Claude Nougaro. /Je voudrai vous serrer très fort dans mes bras. En corps. / J’écris contre la Mort. Tout contre. »

« 4 boules de jazz » comme « 4 boules de cuir », à boxer là où ça fait mal… A lire pour deux raisons au moins : si vous aimez Nougaro et si vous aimez le style du poète. Et si vous ne le connaissez pas encore**, son style, c’est le moment de le découvrir.

Chantal Lévêque

* « Moi et Diderot (et Sophie) » Ed. « Le Trabucaire

** Pour en savoir plus sur Yves Charnet, lire dans ce blog : « Regards sur un paysage intérieur » (publié en mars 2013).

3) Sur Citizen Jazz premier site de jazz en France on lit sous la plume de Séverine Gioghi:http://www.citizenjazz.com/Yves-Charmet.html

Ecrivain français né en 1962, spécialiste de Baudelaire, Yves Charnet est habité par le souvenir de Claude Nougaro. Il nous livre ici des rushes de sa mémoire dans un style à la fois musical et rythmé, fait de phrases courtes, de fragments laissés en suspension. Cette fascination résonne tout au long du livre, véritable tombeau poétique et littéraire, à travers une enfilade de souvenirs de longueur variable où passé et présent se mêlent et parfois se confondent, écrits selon un rythme changeant. L’auteur nous emporte avec lui dans ses errements psychiques et langagiers pour un envoûtant voyage aux côtés du poète Stanislas Rodanski ou encore du batteur Aldo Romano, de Nevers à Toulouse en passant par Marseille. Plus qu’un témoignage, une ode d’un poète à un autre. Comme dit Y. Charnet en interview : « L’autofiction est une manière de dire l’intime ». On voit ici la passion qui peut habiter ceux qui admirent un maître.

4) Dans « La Dépêche du Midi », quotidien édité à Toulouse, diffusé dans le Grand Sud un article consacré au livre d’Yves Charnet sous la signature de Jean-Marc Le Scouarnec/

 

Yves Charnet : sa vie et ses chansons, de Nougaro à Lama

Avec Claude Nougaro, ils partageaient beaucoup de choses : le goût des femmes, la saveur du sexe, l’ivresse des alcools et celle des mots. Le Toulousain Yves Charnet raconte son «amour-amitié» pour le «petit taureau» dans le turbulent «Quatre boules de jazz».

Les livres d’Yves Charnet sont à prendre ou à laisser. Pour succomber à la splendeur de ses phrases, à ses fulgurances poétiques, il faut accepter une totale impudeur, une façon crue de livrer sa vie d’errance sentimentale. Et adorer comme lui les dieux de la chanson populaire ; Nougaro, bien sûr, dont il fut l’ami proche durant 23 ans, mais aussi Sardou, le mal aimé des intellos, et Lama, colosse au cœur qui saigne. Autant de passerelles qu’on emprunte, passagers d’un navire qui cingle et qui tangue, dans le livre «Quatre boules de jazz», journal intime d’un Yves Charnet décidément inconsolable.

La «traque» Nougaro

«J’ai mis dix ans à pouvoir écrire sur Nougaro. J’avais trop de chagrin depuis sa mort. Et de son vivant, je n’arrivais pas à capter par les mots son immense énergie sur scène. Le déclic a été la phrase d’une amie : Tu as aujourd’hui le même âge que Nougaro quand vous vous êtes connus. Cela m’a ouvert un gouffre. Ce livre raconte le temps perdu, le jeune homme que j’étais (en 1981, NDLR), cette découverte féerique des coulisses du monde du spectacle. Avec, comme toujours chez moi, ce jeu de masques entre ma vie et l’objet du livre. Serge Lama parle d’une chasse, d’une traque. Je trouve ça très juste.»

La générosité Lama

«Je ne connais Serge Lama que depuis un an mais il a déjà manifesté beaucoup de générosité à mon égard. Lors de son dernier concert toulousain (le 4 novembre 2014 au casino), il m’a chanté, dans sa loge, une version a cappella, magnifique, de Je voudrais tant que tu sois là. Il est très touché d’avoir rencontré un écrivain qui lui plaît, lui qui a la religion du livre. Quant à moi, je retrouve un répertoire et un interprète, lyrique, habité, qui m’ont tant marqué dans ma jeunesse. Je me sens proche de lui dans la peinture des rapports amoureux et de l’amitié. Pouvoir le côtoyer fait partie de ce hasard objectif (comme disait Breton), de cette écoute poétique des signes de la vie que raconte aussi le livre. Avec Lama, je vis actuellement un de ces miracles.»

Les années Sardou

«Sardou me touche, cela tient à mes origines populaires. J’ai grandi dans des quartiers HLM (lire ci-dessus). Son répertoire est souvent de droite (Je suis pour) mais j’aime des chansons moins connues comme 1965, une des rares qui soient autobiographiques ou Il était là dans son fauteuil. Il parle de son père, il me fait pleurer. Je suis allé voir La Famille Bélier. Le film est très kitsch mais il est difficile de ne pas être ému quand la fille chante Chers parents, je pars. Comme tous les grands interprètes, Sardou sait placer sa voix. Il déchire l’espace, on est captif. Je suis jaloux d’une telle présence.»

«Guy Lux et Rimbaud»

«Mes HLM, jadis. Je repense à tout ça. Le temps de la rengaine, des chansons de Lama. C’étaient les années 70. Sardou, le hit-parade sur RTL ; les émissions de Guy Lux, les Carpentier. J’aimais nos chanteurs populaires. Et Rimbaud. Je faisais ma double éducation. Les télés de nos voisins, les livres de ma mère. J’étais doublement solitaire. Chez les autres, chez ma mère. Nougaro aura rapproché ces deux pôles de ma vie. La chanson, le poème. Il aura réuni ces deux cultures. La savante, la populaire.»

Propos recueillis par Jean-Marc Le Scouarnec

 

 

Yves Charnet est né en 1962 à Nevers. Ancien élève de l’École Normale Supérieure, il est depuis 1996, professeur de culture générale à SupAéro Toulouse. Spécialiste de la poésie moderne de Baudelaire à nos jours, il intervient régulièrement dans des colloques et des revues. Il s’est engagé depuis son premier livre, Proses du fils (Table Ronde, 1993) dans une œuvre autobiographique aux confins de la prose et de la poésie. Il a notamment publié aux éditions la Table ronde Petite Chambre (2005), Lettres à Juan Bautista (2008) et La tristesse durera toujours (2013) ainsi qu’Au diable vauvert en 2012 Miroir de Julien L.

Ce livre est fait des partages et des souvenirs de l’auteur Yves Charnet avec son ami Claude Nougaro. Mais, à lire ce texte de présentation, écrit par Yves Charnet, on comprendra que c’est aussi, surtout, beaucoup plus que cela.

« Le chanteur Nougaro. J’aurai littéralement été habité. Cet enchanteur de ma jeunesse dans les cordes. J’aurai vraiment été à la merci de cette voix. Fasciné par ses gestes lyriques. Ce boxeur frappait à l’âme. Comme d’autres au ventre. Ce boxeur de syllabes vous touchait, en chantant, à cet endroit où c’est pareil. L’âme, le ventre. Il n’y allait pas de main morte. Quatre boules de jazz. J’ai fini par mélanger toutes les nougasongs du bluesman. Pot pourri de mes proses rongées de rimes. Serai-je parvenu, dans ce livre, à capter la fréquence-Nougaro. Sa pensée soufflée jusque dans mes plus intimes fibres. «Mon seul chanteur de blues» n’est pas mort. Son alchimie du verbe swingué. Le lyrisme est une fête. Rimes ou prose. » Yves Charnet

5) Un très bel article du poète Michel Baglin pour sa revue « Texture ».
C’est ici: http://revue-texture.fr/quatre-boules-de-jazz.html (ou en recopiant le lien dans votre navigateur)

 C’est aussi ici:

Nougasongs pour l’ami Nougaro

Comme toujours avec Yves Charnet, auteur d’autofictions depuis ses débuts, quelque soit le thème ou le sujet du livre qu’il entreprend, sa propre vie s’invite dans ses pages, se fond, se confond avec le propos, le relance, le porte, le dévie et le relie à ces « larmes de l’âme. L’origine du désir d’écrire. »
Et c’est plus que jamais le cas avec ce livre qu’il consacre à son ami Nougaro, 10 ans après sa mort.

Yves Charnet évoque certes sa rencontre avec l’auteur de « Quatre boules de cuir » (en 1981 au théâtre du Rond-Point à Paris pour l’hommage à Charles Trenet), leur compagnonnage de 20 ans, rapporte quelques anecdotes, mais il raconte moins qu’il ne fait vivre et vibrer le souvenir. Ce livre n’est pas un roman ni un récit, c’est un chant. Et une « reconnaissance de dette ». Que l’auteur règle dans une sorte de confession et d’improvisation permanentes. En expliquant : « C’est le donnant donnant de cette autobio des autres sans laquelle il n’est pas de récit de soi ».

« J’écris ce bouquin à la diable », lâche-t-il. Parce qu’il passe du coq à l’âne (mais évite la pendule…), d’une gare et d’une ville à l’autre, d’un lit à l’autre de ses propres histoires d’amour, et, surtout, d’une rime à l’autre de ce tourbillon de chansons dont moult paroles et maints vers phagocytent la « prose en jazz » de l’auteur. Les amoureux de la chanson française comme l’est Yves Charnet reconnaitront sans mal, un peu partout dans le texte, des éclats de ce lyrisme en mots qui les habite. Et qu’ils partagent avec Nougaro et bien d’autres. Somme toute, « nous sommes une civilisation à fantômes. Une civilisation hantée comme jamais ».

Ici, c’est d’abord le « petit toro » de Toulouse où l’Espagne « pousse un peu sa corne » qui se révèle être le centre de gravité. Du livre, d’une vie peut-être. « J’aurai littéralement été habité, s’étonne Charnet. Cet enchanteur de ma jeunesse dans les cordes. J’aurai vraiment été à la merci de cette voix. Fasciné par ses gestes lyriques. Ce boxeur frappait à l’âme. Comme d’autres au ventre. Ce boxeur de syllabes vous touchait, en chantant, à cet endroit où c’est pareil. L’âme, le ventre. Il n’y allait pas de main morte. Quatre boules de jazz. J’ai fini par mélanger toutes les nougasongs du bluesman. Pot pourri de mes proses rongées de rimes. Serai-je parvenu, dans ce livre, à capter la fréquence-Nougaro. Sa pensée soufflée jusque dans mes plus intimes fibres. Mon seul chanteur de blues n’est pas mort. Son alchimie du verbe swingué. Le lyrisme est une fête. Rimes ou prose. »

Exposant « les stigmates de (s)a mémoire enougarée », il entend bien faire « un livre avec ça… des parfums dans l’air, des traces dans le mémoire, des choses imperceptibles… » Et il y parvient fort bien, en les faisant pulser dans son écriture hachée, fougueuse et syncopée. La note bleue s’y glisse presque constamment, parce que Charnet en a gros sur le cœur des ruptures et des quêtes incertaines. C’est aussi – hors « la manie de rechercher des similitudes entre les figures des livres & les visages de la vie » – ce qui donne force et prix à ses pages : « Ça s’appelle la poésie. Ces rendez-vous avec le manque. »

Voilà. « On met ce qu’on a sous la main entre la folie et soi » et, cette fois, c’est un des plus grands chanteurs-poètes du XXe siècle qui sert de révélateur au spleen du spécialiste de Baudelaire. Comme ce fut d’autres fois la tauromachie, le souvenir de Maurice de Guérin, le récit des affres d’un divorce.

Certes, Yves Charnet dans cette œuvre en forme de requiem reste très fidèle à Nougaro et rend superbement « cette présence religieuse à soi-même, aux autres êtres » qui fait le charisme et la force de cette bête de scène, de swing et de poésie. Mais le livre est aussi comme le prolongement, sinon l’aboutissement, d’une démarche d’écriture qui, en mêlant de plus en plus intimement l’autre à soi, élabore dans son creuset d’alchimiste le sens résiduel de toute littérature, l’or de la mélancolie.

Michel Baglin

6) Une interview d’Yves Charnet par Serge Bonnery pour le quotidien « L’Indépendant » (8/12/2014)

L’Indépendant: Comment s’est déroulée votre première rencontre avec Claude Nougaro?

Yves Charnet : Je raconte l’histoire dans le livre. C’était au théâtre Renaud-Barrault à Paris – actuel théâtre du Rond-Point – en 1981, l’année où j’ai obtenu le baccalauréat. Mon cadeau avait été un voyage à Paris pour assister au concert de la tournée d’adieu de Charles Trénet. En première partie, la profession lui rendait hommage. Claude avait chanté Que reste-t-il de nos amours? J’ai été frappé par sa manière de détacher les mots et de les faire surgir.

J’entends encore « les mots tendres…»

«Il a décroché et m’a dit : j’attendais…»

Vous l’avez rencontré le soir même, après le concert?

J’avais réussi à me glisser dans les coulisses, ce qui ne serait plus possible aujourd’hui où tout est surveillé et réglementé. J’ai vu Trénet dans sa loge. Sur scène, il avait été absolument génial. Au bar, Nougaro était en train de payer son whisky. Je me suis approché pour lui faire dédicacer le livre qui lui était consacré dans la collection Poésie et Chansons de l’éditeur Pierre Seghers. Il m’a donné son numéro de téléphone et m’a dit de l’appeler quand je serais à Paris où je devais m’installer pour poursuivre mes études au lycée Henri IV. Je me souviens lui avoir téléphoné de la cabine qui se trouvait dans le vestibule du lycée. Il a décroché et m’a dit : «J’attendais votre coup de fil…»

Vous souvenez-vous de la première fois où vous avez entendu une chanson de Nougaro?

J’étais au collège à Nevers. Je devais avoir 13 ou 14 ans. J’étais malade, au fond de mon lit, et j’ai entendu Toulouse.

La chanson m’a sidéré.

Pensiez-vous écrire un jour un livre sur lui ?

J’y ai pensé souvent, mais je n’ai jamais pu. Nous nous sommes beaucoup fréquentés. Il dégageait une énergie incroyable. C’était écrasant pour un jeune homme comme moi, qui n’était rien du tout. Dans la vie, il n’arrêtait jamais d’être Claude Nougaro. Il m’a fallu attendre les dix ans de sa mort, non que je sois particulièrement attaché à la date anniversaire, mais il a fallu que du temps s’écoule…

 Qu’est-ce qui a déclenché l’écriture?

Tout est parti de la commande que m’avait passée Franck Médioni pour son livre Le Tour du jazz en 80 écrivains publié à Céret, aux éditions Alter Ego de Joël Mettay. J’ai écrit un texte sur Rimes. Cette chanson, c’est Nougaro tout entier. J’aime la vie quand elle rime à quelque chose… Pour lui la rime, c’était la vie.

«On n’en finit jamais avec Nougaro. Ce livre est un nouveau rendez-vous…»

Vous avez cela en commun ?

Le frottement des mots, des syllabes, est quelque chose qui a toujours été très important pour moi, même si j’écris de la prose. Dans le livre, j’ai essayé de travailler sur ces frottements. Je cite souvent les chansons. Certains passages deviennent de ce fait comme des chansons en prose. Ce que nous avons peut-être en commun, Nougaro et moi, c’est le travail sur la langue, la rime intérieure. «Il faut tourner la page», chante-t-il.

Maintenant que le livre est écrit, est-il temps pour vous de tourner la page Nougaro ?

Pour tourner cette page, il fallait qu’elle fût d’abord écrite. C’est fait. Mais on n’en finit jamais avec Claude Nougaro. Ce livre, qui est aussi celui des disparitions et du temps perdu, est en fait un nouveau rendez-vous…

Recueilli par Serge Bonnery

56 Présentation en direct et en public par Alex Dutilh dans son
émission « Open Jazz » (France Musique) le 28 novembre à 18 h à la Maison de
la Radio en présence de l’auteur.

*** A propos du livre de Jean-Louis Lemarchand « Paroles de jazz »

Une chronique de Michel Arcens pour le site Citizen Jazz (premier site de jazz en France), c’est ici:

http://www.citizenjazz.com/Jean-Louis-Lemarchand.html

*** Au sujet du livre de Guy Lochard « Aux limites: les frontières au prisme de la fiction »

Tout d’abord une émission de radio:

http://www.radioclapas.fr/podcasts.html

et ceci

Guy Lochard, Aux limites… Les frontières au prisme de la fiction, Céret, Alter ego Editions. Préface de Daniel Cohn-Bendit, 2013, 332 pages.

Frontière, front, démarcation, tracé, limite, bord, marge… que de mots à la fois proches et différents pour rendre compte d’un objet complexe et mouvant qui peut être aussi bien une ligne qu’une zone fixe ou mobile et qui fonctionne tantôt comme une coupure, tantôt comme une couture. D’un objet qui se donne à voir comme une réalité « sociale » -même quand on la dit « naturelle »- observable à travers des fonctions, des normes juridiques, des objets matériels (murs, barrières, bornes…), des acteurs sociaux (douaniers, militaires, policiers, transitaires, spécialistes de l’import/export, passeurs, contrebandiers…) et des pratiques sociales. Mais qui existe en même temps comme un « imaginaire » dessinant des cartes mentales.

Les sciences humaines et sociales se sont, avec une intensité variable selon leurs centres d’intérêt et leurs topoï, emparées de la frontière. Depuis le début des années 1980, on ne compte plus les travaux académiques, les recherches dites « expertes » suscitées ou non par des acteurs institutionnels européens, nationaux ou régionaux, sans oublier les colloques, congrès, journées d’études et séminaires organisés pour des publics très spécialisés, mais aussi plus larges, et parfois très larges. Pour ne prendre que cet exemple, Sciences de la Société lui a consacré trois livraisons (n°24 et 25 : La question transfrontalière ; n°37 : Territoires frontaliers. Discontinuité et cohésion), ainsi que plusieurs articles, dans d’autres livraisons consacrées à l’Europe, aux territoires en mouvement, à la culture, à la communication…

Guy Lochard connaît bien cette littérature pour l’avoir non seulement fréquentée, mais aussi utilisée pour ces propres travaux. Et il sait ce qu’il lui doit pour la construction de ses problématiques et de ses analyses. Mais Guy Lochard n’est pas qu’un universitaire reconnu dans son champ (en gros la communication audiovisuelle et plus spécialement télévisuelle), il est aussi un grand lecteur d’œuvres de fiction (romans, nouvelles…) et d’essais, ainsi qu’un cinéphile averti. Circonstance aggravante, en tout cas pour ceux dont le regard de dépasse pas la « ligne bleue des Vosges », ses choix littéraires et cinématographiques se moquent des frontières et se tournent volontiers vers les œuvres ouvertes sur le dialogue des cultures, voire -horresco referens !- sur leur métissage. Enfin, ce frontalier de naissance est un grand voyageur, un homme de flux qui s’est maintes fois confronté à des frontières « obstacles », « filtres » ou « contacts », et qui plus est un voyageur-observateur, autrement dit quelqu’un qui s’est intéressé aux vécus et aux représentations des acteurs sociaux concernés. Bref, il est un « homme pluriel », pour reprendre -quitte à la déformer quelque peu-, la belle expression de Bernard Lahire. Et un homme pluriel qui a mis sa pluralité au service d’un objet qui n’en manquait déjà pas. Tout d’abord dans un film1, documentaire en partie autobiographique, ensuite dans un livre, Aux limites… Les frontières au prisme de la fiction, édité en 2013 par un éditeur frontalier, catalan comme l’auteur, et dont la vocation, si l’on ce réfère à son site, est de « populariser et mettre en valeur ce que le local a apporté au général ». Une manière comme une autre de parler du « village planétaire » et de ses échelles.

Sans pour autant oublier ce que la compréhension des questions frontalières doit aux sciences humaines et sociales, Guy Lochard fait un premier pari : la frontière, quelle que soit la manière dont elle se décline, est « une riche ressource narrative » attestée par le nombre et l’épaisseur des œuvres littéraires et cinématographiques qui lui sont consacrées sur chaque continent. Ce pari en cache en fait un second : non seulement la fiction peut dire le monde social autrement que les sciences humaines et sociales, mais elle est « plus à même de rendre compte de la densité et de la diversité des expériences de vie engendrées par le phénomène frontalier »2. Voire un troisième : les romans et les films ne sont pas sans effets sur « la construction des représentations et des imaginaires collectifs qui opèrent en retour sur le cours du monde ». Cette prise de position par le truchement de ces trois paris risque de déclencher un eczéma chez quelques gourous des SHS, tant il est vrai que l’on ne se gratte que là où ça démange…

Le lecteur est donc invité à vivre les frontières physiques et mentales au travers de multiples récits littéraires et cinématographiques, quelquefois (très) connus (Le rivage des Syrtes de Julien Gracq, La conquête de l’Ouest de Henry Hathaway, John Ford et George Marshall), quelquefois inédits ou oubliés (La Prairie de James Fenimore Cooper), à (re)découvrir auteurs et réalisateurs derrière leurs œuvres et à voyager dans l’intertextualité improbable que cette reconstruction traversière lui propose davantage qu’elle ne lui impose. Qu’il s’agisse de frontières « fractures », « ruptures » ou « sutures » -chaque catégorie faisant l’objet d’une partie-, c’est souvent par le bas que la rencontre s’effectue : ici, à travers le personnage « médiateur » du trappeur solitaire ou les figures furtives du clandestin et de son passeur ou encore du contrebandier malin et sympathique qui ridiculise les douaniers3 et qui ne saurait se confondre avec celle, « sournoise et veule », du trafiquant ; là, dans celles du déserteur et de l’insoumis -des « traitres »- qui se vivent « des deux côtés » car leur vie, leur langue et leur culture sont des deux côtés (frontaliers basques ou catalans). Et quid de ce soldat israélien amnésique capturé par les palestiniens et condamné à « vivre dans ses aspects les plus cruels la vie au quotidien des résidents de la Cisjordanie » (Palestine, Hubert Haddad). Pourtant, dans ces zones hérissées de barbelés et de miradors, solidement gardées par des soldats à la gâchette facile, se créent immanquablement des interstices, vite repérés comme tels par les populations ; grâce à eux on échappe au moins provisoirement à l’horreur, au déchirement et à l’absurde de la séparation, des privations et du confinement. Tel ce palestinien de Jérusalem qui rencontre son amoureuse de Ramallah sur le parking désert du checkpoint (Intervention divine, film d’Eli Suleiman). Et c’est depuis cet observatoire de circonstance que le couple regarde un ballon de baudruche à l’effigie d’Arafat passer la frontière en direction de Jérusalem, poussé par le vent, au nez et à la barbe des soldats.

De page en page, de récit en récit, Guy Lochard nous donne à voir davantage que des histoires polyphoniques et multimodales de frontières et, en fin de compte, bien plus que l’épineuse et passionnante question frontalière que les récits et les travaux savants ne parviendront jamais à épuiser. Paradoxalement, cet ouvrage est un hymne discret à la mondialisation, ou plutôt aux mondialisations. Pas celle du néo-libéralisme porté par le FMI ou l’Union Européenne qui porte bien mal son nom. Ni celle des Etats-Unis qui porte trop la marque d’une volonté hégémonique assumée. Mais des mondialisations par le bas, et donc autant multiples que discrètes, qui associent « gens », lieux, routes (aux sens matériel et métaphorique), flux… et frontières car l’identité se construit toujours pas le jeu subtil des interactions entre racines et relations, entre Ego et Alter. C’est aux frontières « libérées des filets nationalistes et de tous les replis ethnicistes » suggérées par Edouard Glissant et Patrick Chamoiseau que Guy Lochard pense dans l’épilogue. Et nous avec lui.
Robert Boure,
Professeur de Sciences de l’information et de la communication,
LERASS (Université Toulouse 3)

*** Les Radios à propos de la collection « Jazz Impressions »

De nombreuses émissions de radio ont été consacrées à des livres publiés par les éditions Alter Ego. Notamment pour ceux de la collection « Jazz Impression »: les ouvrages d’Alain Gerber, d’Alain Pailler, de Michel Arcens ont fait l’objet d’émissions – souvent en direct – sur France Inter (« Summertime » d’Elsa Boublil), France Musique (« Open Jazz » d’Alex Duthil), sur TSF Jazz et bien d’autres…Il ne faut pas oublier, tout particulièrement l’émission « La Troisième Oreille » de Marc Danval sur La Première, radio belge de service public qui, à plusieurs reprises, a parlé avec éloges des livres que nous éditons.

Nous vous proposons aujourd’hui un lien pour écouter une émission, l’une portant sur le livre de Jacques B. Hess « Hess O Hess » mais aussi sur l’ensemble de nos publications:

https://www.wetransfer.com/downloads/0111f0c2c8ef66eb8b44079496d420e620140306171147/0f2463ca58b4e7a2b27911314b1337f720140306171147/2b5242

*** « Hess-O-Hess » par Jacques B. Hess

jacques b hess hess-o-hess

Contrebassiste français ayant connu la compagnie de Duke Ellington, Bud Powell, Lucky Thompson, Eric Dolphy…, Jacque B. Hess fut aussi écrivain et traducteur (Moins qu’un chien, Le jazz et les gangsters). A sa bibliographie, les éditions Alter Ego ajoutent aujourd’hui un titre indispensable : Hess-O-Hess. Chroniques 1966-1971.

Les chroniques en question furent pour l’essentiel publiées dans Jazz Hot et Jazz Magazine. Leur sujet est évidemment le jazz (et la société à laquelle celui-ci est attaché) qu’Hess aborde en amateur iconoclaste et même fantaisiste inspiré. D’une curiosité d’écoute et d’une critique folle, le voici obsédé par trois générations de Grachan Moncur, prenant parti à l’occasion de querelles d’un anecdotique essentiel, recommandant la lecture de Playboy, révélant le penchant publicitaire qu’a Dave Brubeck pour le Ballantine’s, expliquant de quoi retourne cet étrange Talerschwingen inventé par les Suisses, évoquant l’étrange façon qu’a Mingus d’éduquer l’un de ses chats, rapportant nombre d’informations estampillées « jazz » sans oublier de fesser vedettes du show-business, hippies et curés…

Ailleurs, il éclaire le public sur les difficultés physico-pratiques rencontrées par tout contrebassiste obligé au voyage, explique à quelle sorte de préfets se heurtent les gens de Byg lorsqu’ils demandent l’autorisation de monter leur festival, se souvient de sa rencontre avec Bob Dylan, joue aux ventriloques au bout d’une poupée baptisée François Mauriac. Précise bien que distante, plus encore irrévérencieuse – pour preuve, ce souvenir d’un Ben Webster vieillissant –, la plume d’Hess évoque celles de Vian et de Fénéon : « On peut se demander si les Allemands ont bien compris la musique de Fats Waller. »

Et alors, quoi d’intemporel ? Presque l’intégralité de l’ouvrage : ne retrouvons-nous pas aujourd’hui encore dans les mêmes journaux – et chez les nombreux petits qu’ils ont « fait » – cette acceptation béate qu’Hess reproche à Nat Hentoff lorsqu’il rapporte : «  A Oulan-Bator, en Mongolie […], Harrison Salisbury, du sérieux New York Times, a dîné dans l’hôtel principal de la ville aux accents d’une petite formation de jazz moderne. »

Jacques B. Hess : Hess-O-Hess. Chroniques 1966-1971 (Alter Ego)
Edition : 2013.
Livre : Hess-O-Hess. Chroniques 1966-1971
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

* * * « François Llopis : au sources de l’art » par Yves Duchateau et Nello Stevanin

* * * « Ce jour-là sur la planète Jazz » par Jean-Louis Lemarchand.

« Des récits qui sont comme autant de nouvelles. Rédigées à partir de faits

avérés, elles ouvrent vers l’imaginaire, font voir et entendre la musique, un

moment entré dans l’histoire du jazz ». M, magazine, Le Monde.

« Un joli voyage pour revisiter le jazz sans quitter sa serviette de plage, iPod à portée de main, entre hédonisme et érudition » Jazz Magazine

« Une écriture très fluide, du style, des récits brefs et bien construits, un grand plaisir de lecture » Jazzistiques, France Musique

« Remarquable ! » VSD

« Un opuscule savoureux… un ouvrage limpide… une revue de dates fondatrices  » Liberation.fr

« Des textes courts, documentés, des aventures individuelles, humaines qui se lisent comme un roman… « . Jazz News

« Ce petit ouvrage s’adresse autant aux amateurs néophytes qu’au public plus éclairé…il se laisse dévorer en deux temps trois mouvements avec une certaine délectation ». lesdnj.com

« Jean-Louis Lemarchand remonte le cours de l’histoire à travers diverses anecdotes

croustillantes qui ont émaillé un siècle de jazz… ». RFI (« l’épopée des musiques noires »).

« Ce jour-là sur la Planète jazz ne s’adresse pas qu’à un public averti, les plus néophytes d’entre

vous se laisseront bercer par ses petites anecdotes qui retracent 100 ans de jazz ». France 2 (Télématin)

« Un récit de voyage à travers le jazz, ponctué de multiples escales, semblables à des

nouvelles » Le Quotidien du Médecin

« On rencontre « comme si on y était », comme si on les entendait, Billie Holiday, Charles

Mingus, Archie Shepp, et bien d’autres. Toutes les légendes du siècle (le XXème) sont là. On les

suit « en zig zag » dans leurs aventures de scène et d’avant-scène, en direct. » Place

Publique.fr

« Des instants forts racontés sobrement mais avec précision et vivacité, parfois vécus par

l’auteur, dans la belle collection Jazz Impressions ». Idem (magazine d’actualités culturelles en

Languedoc-Roussillon).

* * * « My Favorite Things, le tour du jazz en 80 écrivains » par Frank Médioni

My Favorite Things – Le Tour du Jazz en 80 écrivains

Franck Médioni

Alter Ego Editions

 

La consigne était simple : choisir un « album » de jazz parmi tous ceux qui existent ou ont existé parce qu’il vous a marqué à un titre ou un autre, et écrire librement à partir de là, en conservant peut-être des proportions raisonnables à votre texte. Consigne utile si l’on en juge par les dernières lignes de ce recueil, de la plume de Martin Winckler : « Un jour, il faudra que j’en fasse un roman ». J’en ai compté quatre-vingt-quatre en tout, de Michel (Arcens) à Martin (Winckler), en passant par tous les autres, connus et inconnus au bataillon, poètes, scripteurs, écrivains affirmés, en devenir, peu de femmes hélas, la complainte n’est pas nouvelle.

Le jeu du lecteur est de voir comment chacun a reçu et interprété la consigne. Beaucoup, la majorité, ont vraiment traité le sujet, ils seront complimentés. Ils disent clairement de quel disque ils parlent, à quel moment il leur est tombé dans les bras, ce que ça leur a fait, où ça se passait, quelle importance dans leur vie, comment ça les accompagne depuis, ou pas du tout. D’autres, moins nombreux, chicanent avec la règle, les poètes par exemple, surtout ceux qui présentent leurs textes comme des poèmes, voire comme des constructions typographiques (Julien Blaine). Quelques-uns en profitent pour écrire une courte nouvelle, enfin quelque chose qui a rapport au disque, au jazz, mais décalé, lointain, enfin pas trop direct si vous voyez ce que je veux dire… Ecrire, parfois, serait-ce tricher ?

La très bonne surprise de cet herbier original, c’est que la « critique de jazz » (hors spécialistes musicologues) a de beaux jours devant elle, et quelques belles plumes ignorées des rédactions en chef. Alors si l’on se régale de Marmande, de Pierrepont, de Réda (bien sûr) on est ravi de lire quelques moins connus dans le champ jazzistique, dont Didi-Huberman, Genette, Le Bris (qui avait déserté depuis longtemps), et Jean-Luc Nancy, lequel a réservé quelques superbes lignes au disque qui lui est parvenu de la collection de « feu » le free Moussaron… Qu’est-ce qu’il nous aurait écrit, Jean-Pierre, et sur quel disque ?

Bon, et après, me direz-vous ? Après, il vous reste à découvrir et déguster tous les autres, souvent surprenants dans leurs choix. Aucun pour avoir élu Miles Davis, par exemple. Pas de Lester Young, de Dizzy Gillespie, d’Abbey Lincoln. Mais de savoureuses anecdotes. Un monde privé qui s’ouvre un instant, des références à déboucher les oreilles des plus rétifs. Un excellent compromis entre les incontournables et les éternels oubliés de l’histoire. Un bon livre, qui donne envie d’écouter de la musique, à emporter sur les festivals de l’été.

Philippe Méziat, Citizen Jazz

 

P.-S. :

270 pages, 19,50 €

 

Franck F

 

Sous la direction de Franck Médioni, My Favorithe Things est un recueil de quatre-vingt textes par autant d’auteurs contemporains (Michel Butor, Alain Gerber, Mamadou Mahmoud N’Dongo…) sur un album qui les a marqués. Formes et styles sont variés (chronique, nouvelle, poème…), l’intérêt aussi, certains écrits relevant de l’anecdotique. Retenons l’analyse très fine, aux résonances personnelles, du Olé de Coltrane par Georges Didi-Huberman.
Thierry Lepin, Jazz News

 

 

Le Tour du Jazz en 80 écrivainsAlter Ego Editions 270 pages. 19.50 € 

La couverture, illustrée d’une affiche du grand Pierre Alechinsky  annonce la couleur : chacun des écrivains pressentis devra indiquer parmi ses « favorite things », l’album de jazz qu’il aime par dessus tout et écrire à son sujet. Soit un tour du (monde) jazz en 80 écrivains de Michel Arcens à Martin Winckler qui nous sauve  Bill Evans et son trio (Sunday at the Village Vanguard, Riverside 1961) .Frank Medioni, l’auteur producteur sur France Musiques de Jazzistiques, entre autres, a rassemblé les impressions et improvisations de ceux qui aiment le jazz, qui ont un certain goût du jazz. Cette pleïade d’ écrivains (poètes, philosophes, essayistes, auteurs de polars) se raconte ainsi en livrant une expérience intime, essentielle et donne les raisons du choix d’un album de chevet ou à emporter sur la fameuse île déserte.Bigre, la carte se resserre comme peau de chagrin. Comment rendre raison d’une préférence, nous glisse Yannick Seité dans la préface, « répondre à un disque par des phrases»? Mais le jazz, la littérature, la philosophie se sont toujours associés en toute liberté. On retiendra de ces multiples témoignages que ces auteurs envient aux jazzmen la liberté, l’individualité du timbre, la faculté de se lancer dans l’improvisation.Sans être experts (il y a cependant dans la liste des critiques confirmés de cette musique), ces fans éprouvés de la Great Black Music projettent leurs élans du cœur et de l’âme dans des mots, des phrases tout ensemble spéculatifs, nostalgiques, intuitifs. Au seuil de cet itinéraire, traversée du pays du jazz, anthologie très spéciale, on entre dans l’intimité de textes, parfois surprenants, souvent émouvants, teintés d’une nuance autobiographique indéniable.Ainsi, selon l’âge et le vécu des auteurs, s’attache un regard qui filtre évidemment.Il y aura donc des oublis dans cette liste qui esquisse les contours du « roman » du jazz d’une époque, comme diraient les historiens, de 1928 ( Armstrong in Weather Bird, Odeon) à  2012 (Misha-Fitzgerald Michel in Time of no reply , No Format). Les noms jaillissent les uns après les autres comme un chapelet de perles, joli collier à porter cet été.Qu’est-ce qui peut expliquer ces choix parfois curieux, où cohabitent des albums vinyles essentiellement ( trois  78 tours dans la liste) et très peu de Cds ( nécessairement après 1985). Peu de musiciens français et de jazz européen en général : une seule citation  pour notre Michel Portal avec son Dejarme solo ! (Dreyfus 1980), mais dans la poignée d’albums récents, de vraies surprises comme le Compass de Suzanne Abbuehl en 2001, Colin Vallon (Rruga, ECM 2011),Trombone Shorty, Marc Copland, Thomas Enhco (Fireflies, Label bleu 2012) , Aldo Romano (Il piacere), Marc Ducret tout de même. Très peu de jazz vocal  ( une triade nouvelle composée de Sarah Vaughan, Billie Holiday et…Jeanne Lee), des « classiques » du bop, hard bop et du free avec les inévitables  John Coltrane, Albert Ayler, Eric Dolphy, Ornette Coleman, Charles Mingus, T.S Monk, Charlie Parker. Si Ole de Coltrane revient trois fois, on ne retrouve pas le mythique Kind of Blue.Miles Davis et Dizzy Gillespie ne sont pas cités, Louis Armstrong et Bud Powell in extremis.En choisissant sans regret « seulement » 80 albums,  ce tour du jazz  évite la monotonie de la chronologie, bouscule pacifiquement les genres et époques. Il me reste une suggestion à faire à chaque lecteur, qu’il  fasse à son tour, non pas sa propre liste (trop facile) mais le choix unique de l’ album qui l’a marqué à jamais.

Sophie Chambon, Les Dernières Nouvelles du jazz

Ça va jazzer

Blues, swing & cool, par Bruno Pfeiffer.

« Daigne Fresu le Sarde donner au monde | Accueil

25/06/2013

Mes Favorites Choses du jazz (lectures)

MY FAVORITE THINGS

Certaines personnes détiennent le don de catalyser. Celui de provoquer les créations. De susciter l’apparition de concepts et de formules qu’attendait une matière pour circuler sur le chemin des esprits. On peut indiscutablement recenser le journaliste Franck Médioni parmi la catégorie. Dans My Favorite Things – Le Tour du Jazz en 80 écrivains, le producteur de l’émission JAZZISTIQUES a sollicité des écrivains, poètes, romanciers, essayistes, auteurs de polars de toutes générations. Consigne : écrire autour d’un disque qui les a marqués. Manière de célébrer leur amour du Jazz. Quelques figures attendues nous régalent, comme Francis Marmande (proustien), Eric Sarner (voluptueux), Marc Villard (noir) et Gérard Mordillat (lumineux), Alain Pailler (oxymorien). De féériques cadeaux émergent d’écrivains moins attendus, comme l’apparition des Anges de la poétesse Oscarine Bosquet, autour des Village Concerts d’Albert Ayler. Une nouvelle fantastique (ciselée lovecraftienne) de Luc Lang, intitulée Leçon de Ténèbres, éveille le frisson autour du CD Alone de Marc Copland. 
Dans la préface, Yannick Séité se demande pourquoi personne n’a choisi Lester Young ni… Miles Davis, alors que trois prétextes fleurissent sur Olé de John Coltrane? Lester d’un autre monde, Miles excessivement de celui-ci n’auraient marqué aucun des élus? On perdrait les secondes à creuser. Je préfère méditer la phrase extraite du texte de Sylvie Kandé à partir du Köln Concert de Keith Jarrett. L’auteur de La Quête infinie de l’autre Rive cite le propos de Chip à Hyeronymus Falk, héros du roman de Esi Edugyan, Half-Wood Blues : « Ce vide brutal que j’ai trimballé toute ma vie, c’est par rapport à la beauté de ta sacrée musique. D’en être privé j’ai toujours senti ma solitude« . Une définition recevable de l’amour.

Franck Médioni, My Favorite Things – Le Tour du Jazz en 80 écrivains, Alter Ego éditions

 

 

My Favorite Things (collectif) par Jean-Claude Pinson, Sitaudis

   
   
   
   

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De ces non-livres que trop souvent sont les anthologies poétiques, on peut s’attendre au pire. Lequel n’exclut cependant pas la surprise du meilleur.

Dieu merci, ce n’est pas à une anthologie de poèmes qu’on a affaire avec My Favorite Things. Les « chansons préférées » y sont des « albums » de jazz que des auteurs d’horizons très divers sont conviés à célébrer. « Album », Yannick Séité le note dans sa Préface, n’est pas un mot anodin. Il a un sens très précis : « disque trente-trois tours de 30 centimètres de diamètre », précise le Larousse. Le choix d’un tel support, apparu dans les années 50 avant d’être éclipsé, à la fin des années 80, par le disque compact, incite à privilégier les styles de jazz les plus marquants dans ces mêmes années. Coltrane, Monk, Mingus, Albert Ayler (certes moins attendu) sont les noms qui reviennent le plus souvent (étonnamment pas une fois n’apparaît celui de Miles Davis). Mais on trouve aussi des musiciens plus rares, quand par exemple c’est « l’excellent Kenny Barron » qu’élit Gérard Genette.

Si la richesse et la diversité du jazz se trouvent mises en évidence par un tel recueil, il n’est pas sûr que la littérature (ou du moins la poésie) y soit vraiment à son avantage. Car le problème n’est pas seulement celui, sempiternel, du discours sur (comment parler du jazz ?). Il est celui, plus délicat, du discours comme. Celui de la possibilité pour l’écrivain de s’égaler, par un effort au style et avec les moyens propres de l’écriture, au musicien. On sait les effets désastreux que cela peut produire dans le domaine des arts plastiques, où tant de textes dits d’« accompagnement » ne font qu’étaler leur vacuité et leur vanité.

 Une rapide typologie des textes ici réunis en distinguerait de trois sortes. Beaucoup d’entre eux, d’abord, ont un caractère autobiographique : ils évoquent, au risque de l’anecdote, les circonstances dans lesquelles s’est faite la rencontre de l’auteur et de son album fétiche. Une deuxième catégorie est faite de textes davantage analytiques, où l’on cherche à cerner les contours de l’album sous un angle musicologique, historique, esthétique, politique ou même philosophique. Enfin, un troisième type de textes quitte le registre de la narration ou du commentaire pour tâcher d’inventer, souvent en vers, une forme apte à faire entendre, dans l’ordre propre du langage, un équivalent de l’album évoqué (sinon invoqué). Il va de soi que l’entremêlement des trois registres n’est pas exclu.

 De la première catégorie relève par exemple le récit que fait Francis Marmande de la venue à Bayonne de celui qu’on appelait dans les années cinquante /soixante le « pape » du jazz : « Tous les ans, au Musée basque, dans une salle qui semble un donjon médiéval sous veilleuse funèbre, Hugues Panassié dit la messe. Comme je ne vais plus à la messe, je m’y précipite. Dans les travées, nous sommes immuablement 21. » « Verve » est le mot qui me vient ici à l’esprit pour qualifier la saveur d’une narration pleine d’élan et de drôlerie (Verve, les amateurs de jazz le savent, était le nom d’un label de jazz célèbre fondé en 1956). C’est elle aussi, la verve, qui déjà faisait tout le sel d’un récit trop méconnu du même Marmande, récit intitulé La Housse partie (paru en 1997 chez Fourbis).

Dans un registre intermédiaire, on retiendra ensuite le portrait que brosse Bertrand Ogilvie d’Archie Shepp.  C’est la dimension d’icône exhibée par une  pochette de  33 tours de 1967, où le musicien apparaît en grand prêtre de la great black music, qui est ici mise en évidence : « Shepp en grande tenue africaine, grande robe blanche imprimée de motifs rouges et noirs, bonnet blanc sur la tête, lunettes noires, tenait son sax doré comme un immense bijou ancien, un somptueux pectoral d’or pur, le collier d’un roi auquel était accroché une trompe qui aurait eu la vertu de dire la loi à son peuple. C’était  l’apparition d’un Moïse noir venu proférer les tables non des dix commandements mais de la libération infinie des formes. » En somme, Ogilvie légende l’image d’un musicien aussitôt apparu qu’entré dans la légende (et la fabrique de sa légende).

 Au titre des textes analytiques, on lira avec intérêt les lignes que Franck Médioni consacre à Don Cherry et à sa conception de l’improvisation (« improviser non pas sur les harmonies mais sur le parfum du thème »). Mais pour ma part, c’est surtout, aussi pénétrante qu’originale, la remarquable analyse que Georges Didi-Huberman donne du Olé ! de Coltrane que je retiendrai. Chez Coltrane, note l’auteur, « l’appel au motif espagnol » ne joue aucunement la carte de l’exotisme. Bien plutôt, il a valeur de « dérive expérimentale et offensive : une déterritorialisation du be-bop si j’ose dire ». Dans Olé !, l’invention intègre la tradition en la surmontant : « la ligne, poursuit Didi-Huberman, brise la grille », et, « rendant l’intensité interminable », l’improvisation retrouve en le réinventant l’esprit du cante jondo (du chant profond) propre au flamenco.

 Les textes du troisième genre font le pari, périlleux, de hisser l’énonciation à la hauteur de l’énoncé, de musiquer la langue à l’égal de l’objet musical qu’ils évoquent. « Jazzer la langue », y faire passer cet art du rythme et de la syncope, cet art du cante jondo aussi qu’est le blues, n’est pas une affaire nouvelle. La prose de Céline, notamment, est là pour en témoigner. On peut même avancer que la poésie Dada ou celle des Surréalistes (celle, également, en russe, d’un Daniil Harms) sont comme une tentative de « free-jazzer » la langue par anticipation, avant que ne vienne un Denis Roche – ou aujourd’hui (même s’il ne se revendique pas explicitement du free-jazz) un Dominique Fourcade (spécialement sans doute dans un livre comme éponges modèle 2003).

 Dans les débuts du jazz, il était fréquent que des musiciens blancs s’enduisent le visage de cirage pour mieux singer la musique des Noirs. Dans leur effort pour « jazzer » la langue, bien des auteurs ici rassemblés ne font hélas que singer à coups de pauvres métaphores la musique dont ils se font les chantres. Ratage qui est le cas spécialement de ceux qui ont recours au vers. De ce naufrage poétique très symptomatique d’une crise du vers où nous continuons de patauger ne réchappent que quelques rares auteurs ; en premier lieu ceux qui ont pris le parti, plutôt, de faire tomber la poésie dans la prose. C’est le cas notamment d’un Charles Pennequin inventant, en écho à Jac Berrocal, une sorte d’écriture « punk’n jazz ». C’est aussi celui d’Yves Charnet évoquant « les quatre garçons dans le free réunis sur le premier album d’Aldo Romano. »

 

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juin 2013

25/06/2013

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